Interview #11 - Manon Fargetton

Publié le par Mina

~ Manon Fargetton ~

manonfargetton.jpg(©Mina 'Etonnants Voyageurs 2012' - St Malo)

 

Petite présentation : Manon Fargetton est une jeune auteur de 25 ans qui a d'ores et déjà publié 3 romans chez mango. Le premier, paru en 2006 s'intitulait "Aussi libres qu'un rêve" et les deux suivants sont les deux premiers tomes de la série June. A l'occasion de la sortie de "June, t.2 : Le Choix", le 19 ctobre dernier, et en attendant que je le chronique, voici ces quelques réponses à mes quelques questions (^-^)

 

Mina : Merci beaucoup d'avoir accepté de répondre à ces quelques questions ; je garde un excellent souvenir du premier tome de 'June' et à l'occasion de la sortie du deuxième tome, le 19 octobre, revenons un peu sur ton parcours.

 

Mina : Peux-tu te présenter en quelques mots ? (Je sais, c'est vague, mais profites-en pour dire tout ce qui te tient à coeur ^^)

Manon Fargetton : Bonjour ! D'abord, merci beaucoup de m'avoir proposé cet échange, c'est toujours un plaisir :)

Si j'ai bien compris c'est la séquence «  I, me and myself »... Eh bien allons-y, en vrac : enfant, j'ai rarement été aussi heureuse qu'au beau milieu d'une tempête sur les remparts de St-Malo, la ville où j'ai grandi et noirci de nombreuses pages.

Je joue du violoncelle depuis mes huit ans, même si j'ai malheureusement tendance à le délaisser un peu ces dernières années – on ne peut pas tout faire, paraît-il, et cette non-élasticité du temps est quand même une sacrée injustice de la vie, mais aussi l'une des plus belle, parce qu'elle nous pousse à nous bouger pour faire des choses avant qu'il soit trop tard...

Quoi d'autre... J'ai terminé des études de théâtre il y a un peu plus d'un an, et depuis, je travaille comme technicienne lumière et régisseuse dans différents théâtres parisiens.

Une information absolument sans intérêt : je chante sous ma douche, et il m'arrive très régulièrement de danser toute seule dans ma salle de bain.

Sinon, il faut que je me remette aux arts martiaux, parce que ça me manque furieusement.

En ce qui concerne les à-côté, dès que je rentre en Bretagne, je fais du surf, de la plongée sous-marine, et des fondants au chocolats (comment ça, ça n'a aucun rapport ? Je vous jure qu'un fondant au chocolat sur le bateau quand on remonte d'une plongée, c'est appréciable!) Et le reste du temps, j'écris des romans.

Il y aussi pas mal de trucs que je ne sais absolument pas faire. Par exemple je suis une vraie naze en dessin. Mais alors vraiment naze, hein. Je ne sais pas non plus sculpter les nuages ou piloter un bateau volant. Heureusement, je peux créer des personnages qui savent faire ce genre de truc, comme ça je se suis pas trop frustrée !

Ah ! oui, et les dragibus bleu sont infâmes. Un détail qui a son importance, car rien de tout ce que je viens d'écrire ne se trouve là par hasard : le violoncelle – et la musique en général – a un rôle important dans le deuxième tome de June. Les rafales des tempêtes malouines, les arts martiaux, et mes divagations universitaires sur les flux d'énergie, se sont associés pour donner naissance au Souffle, le pouvoir des Sylphes dont June hérite lorsqu'elle est encore petite fille. J'ai esquissé tellement de scènes de mes romans en dansant dans cette salle de bain minuscule qu'il fallait que je l'évoque – rendons au lavabo ce qui appartient au lavabo... Ceux qui ont lu le premier tome savent pourquoi je parle de bateaux volants, de sculpture de nuages, ou du dessin (Jonsi...). Et concernant ce deuxième opus qui est en cours d'atterrissage chez vos libraires, j'ai écrit une scène-clef en jouant frénétiquement aux billes sur mon bureau avec des dragibus bleus (qui sont décidément immangeables et ne peuvent servir qu'à jouer aux billes). Je ne sais pas si ça sentira dans l'écriture, mais c'était intense ! Quand à la référence au surf et à la plongée sous-marine, il va falloir attendre le troisième tome pour comprendre...

Citer le fondant au chocolat, par contre, était un acte complètement gratuit. ^^

 

M : 'June' est donc ton deuxième roman puisqu'à seulement 18 ans, tu avais déjà publié "Aussi libres qu'un rêve", déjà chez Mango ; d'où te vient cette passion de l'écriture ?

Manon : De la lecture, j'imagine. J'ai été une dévoreuse de livre toute mon enfance (enfin une « écouteuse », d'abord, avant de savoir lire moi-même), et cet appétit vorace n'a fait que croître à l'adolescence. Aujourd'hui encore, je n'ai plus autant de temps à consacrer à la lecture, mais je me débrouille pour en trouver. Mon goût des histoires vient de toutes celles que j'ai engrangées.

Mais l'envie d'écrire... je ne sais pas. J'ai écrit dès que j'ai su former des lettres (j'ai encore le tout premier poème que j'ai rédigé, au CP!). En primaire et au collège, j'étais focalisée sur l'écriture de chansons, et plus rarement de poèmes. Mon écriture a toujours été liée à la musique, tout particulièrement au chant.

C'est au lycée que j'ai eu l'idée qui a engendré mon premier roman (« et si notre métier était déterminé par notre date de naissance ? »), et je me suis lancée. Curieusement, pour moi, écrire une chanson et écrire un roman, sont des chemins très similaires. Mes romans partent généralement d'une ou plusieurs chansons d'où naissent des problématiques, des personnages, des situations, qui se développent jusqu'à former une histoire.

L'envie d'écrire des romans se niche là, je crois : dans l'envie de raconter des histoires, de faire exister des personnages, et dans le plaisir de malaxer les mots.

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M : J'ai appris que tu travaillais dans le monde du théâtre, cela t'aide-t-il dans l'écriture ?

Manon : Oui et non. Pas directement, disons, mais bien sûr tout est lié. Expérimenter le jeu d'acteur pendant mes études m'a donné des clefs concernant les dialogues, la gestion de l'espace, et l'écriture en général car la langue théâtrale est d'une richesse inouïe. J'ai rencontré dans ces textes des personnages et des auteurs qui m'ont profondément marqués, d'autant plus que je me suis appropriée leurs mots, que je les ai fait miens pour les restituer.

De même, le travail de celui qui créé la lumière d'un spectacle consiste à guider le regard des spectateurs, créer des zones d'ombres pour mettre en évidence certains éléments, en donnant aussi la liberté au spectateur de se faire son propre spectacle, suivant le siège qu'il choisi d'occuper dans la salle ou ce à quoi il veut accorder de l'attention. Ce n'est finalement pas si différent du travail de l'écrivain. Chaque spectateur se fait son spectacle en le regardant, chaque lecteur réécrit le livre en le lisant. Au théâtre, la lumière est une écriture de l'espace. Au lieu d'un crayon ou d'un clavier, j'ai des projecteurs. Mais cela revient un peu au même. La grande différence, c'est que l'écrivain créé de manière essentiellement solitaire, alors qu'un spectacle est toujours le fruit d'un travail d'équipe.

 

M : Comment est né l'univers enchanteur où évolue June ?

Manon : De deux idées, deux envies qui se sont télescopées si fort qu'elles ont fusionné : l'envie de parler de l'invisible, et celle d'évoquer la disparition d'un peuple. Ce peuple est devenu celui des Sylphes, gardiens de l'harmonie dans l'invisible.

Des centaines de questions sont nées de cette fusion, des « pourquoi », des « comment », qui ont peu à peu construit l'univers de June. Mais l'origine de tout est ce big bang interne, collision improbable d'où a émergé le premier fil de ce roman.

 

M : As-tu des auteurs préférés qui t'ont inspirée ?

Manon : Il y en a une douzaine dont je suis consciente qu'ils ont une influence sur mon écriture, et probablement bien d'autres qui sont là, tapis dans l'ombre de mon cerveau, sans que je le sache. Je pense à des écrivains jeunesses grâce à qui j'ai découvert la SF et la fantasy (Phillip Pullman, Danielle Martinigol, Christian Grenier...), d'autres que j'ai connu plus tard (Pierre Bottero, Erik l'Homme...), des piliers de fantasy que j'ai lu et relu (R.E.Feist, Herbert, Zelazny...), des auteurs de littérature « générale » et de théâtre (Henry Bauchau, Brecht, Sarah Kane...).

Bref, beaucoup de monde (et de mondes!).

Mais je crois que les lectures qui m'ont le plus marqué, celles qui ont forgé mon imaginaire, ce sont les albums que j'ai lu enfant, ces pages dans lesquelles je me suis perdue et retrouvée, ces mots et ces dessins que j'ai parcouru des centaines de fois sans jamais m'en lasser. Dans mon petit Olympe personnel, vivent Claude Ponti, Claude Clément, Chris Van Allsburg, Antonia Barber et Nicola Bayley.

 

M : June est un personnage discret mais on remarque rapidement que l'eau boue sous la glace ; que représente le personnage de June pour toi ?

Manon : Hum. C'est de loin la question la plus difficile de cet interview. Sur beaucoup d'aspects, June me ressemble, mais je pourrais dire la même chose de Nathanaël, Johannes, Maxence ou Locki. Tous sont un bout de moi, et un bout d'autre chose que je ne maîtrise pas. La différence, c'est que lorsque je me mets dans la peau de June, j'écris à la première personne. Je ne saurais pas dire si cela la rapproche de moi, ou bien si, paradoxalement, cette proximité l'éloigne de ce que je suis, comme lorsqu'à trop coller quelque chose, on finit par le voir flou. Parfois, June m'agace, j'ai envie de la secouer, de lui foutre des baffes pour qu'elle se reprenne. Et puis parfois elle m'émeut aux larmes, par surprise, sans que je l'ai prémédité, parce qu'elle a cette colère tout au fond, une flamme qui ne s'éteint jamais, lointain écho de son passé. Je ne saurais dire ce qu'elle représente pour moi. Dans quelques années peut-être, avec du recul... Aujourd'hui, tout ce que je sais, c'est que ce personnage est devenu un être à part entière qui vit dans mon esprit, mais aussi bien au-delà, partout où elle est lue et aimée. Elle a grandit dans mon giron, elle s'en échappe pour vivre sa vie, et c'est un vrai bonheur !

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M : Tu m'as confié avoir écrit le deuxième tome de cette série en partant d'une chanson ; la musique tient-elle une place importante dans tes romans, voire dans ta vie ?

Manon : Oui, une grande part ! Et ça a commencé tôt ! Petite, je saoulais tout le monde parce que je n'arrêtais pas de chanter. Mes parents ont décidé de me mettre à la musique, et j'ai choisi le violoncelle. Résultat : plus de dix ans de conservatoire. Outre le violoncelle, j'ai fait quelques années de percussions, de l'orchestre, de la musique de chambre... Ado, je passais presque autant de temps au conservatoire qu'à l'école ! J'ai levé le pied lorsque j'ai quitté Saint-Malo pour faire mes études, mais évidemment, cette formation musicale reste ancrée en moi, et si je joue beaucoup moins qu'à cette époque, la musique est et me sera toujours indispensable.

Quand à la chanson à l'origine du deuxième tome de June, en réalité, il s'agit plus d'un texte scandé que d'une « chanson ». Tu le retrouveras à plusieurs moment au cours du roman, mais je ne peux pas en dévoiler plus sans spoiler !

 

M : Petit plus : est-ce que tu écris en musique ? si oui, que préfères-tu écouter ?

Manon : Il y a encore un an, je n'arrivais à écrire que dans le silence absolu. Depuis, j'ai été amenée à travailler dans tout un tas d'endroits où il y a du passage (gares, aéroports, cafés...), et mettre un casque sur mes oreilles pour m'isoler est devenu indispensable. Je ne peux pas dire que « j'écoute » la musique en écrivant, mais je l'entends. En fait, elle forme comme une bulle de son et de calme autour de moi, nécessaire à ma concentration. Et ce qui est curieux, c'est que je mets toujours le même album, qui est devenu ma « musique d'écriture » officielle ! Il s'agit d'électro assez minimaliste où se mêlent des mélodies discrètes, des voix, des rires et des sons du quotidien comme des claquements de portes ou des bruits de pas... Le compositeur s'appelle James Vella, mais il a sorti cet album sous le pseudonyme « A Lily », et l'album en question s'intitule Wake:Sleep. Je mets un lien pour ceux qui ont envie d'écouter ce que ça donne : http://www.youtube.com/watch?v=bff91ETvkGU&feature=related

 

M : Pour en revenir à 'June', pourquoi les Sylphes ? 

Manon : J'ai expliqué tout à l'heure que June était né, entre autres, de l'envie d'évoquer la disparition d'un peuple. J'avais une scène très précise en tête, celle d'une créature à la peau d'écorce, agonisante sur la branche d'un arbre. Elle est la toute dernière des siens, elle sait qu'elle va disparaître dans les minutes qui viennent, sans avoir pu transmettre les pouvoirs de son peuple. Mais il lui reste un espoir immense, celui que quelqu'un passe à sa portée pour accueillir ces pouvoirs, afin qu'un jour, son peuple puisse être rappelé sur ces terres, mettant fin à leur exil forcé. Cette scène est devenu la toute première séquence de June, et cette créature mourrante est devenu une Sylphide de manière... assez surprenante !

Quand j'ai imaginé cette créature, dans ma tête, je l'avais appelée « Syphle », et je croyais la créer de toutes pièces. Et puis je me suis calée derrière mon ordinateur. J'ai commencé à fouiller la toile, et au hasard de mes recherches, je suis tombée sur les Sylphes, qui étaient si proches de mes créatures, à la fois par leur nom et par leurs caractéristiques, que j'ai décidé de les adopter !

Mes Sylphes sont donc devenus des gardiens de l'harmonie. Leur peau est semblable à l'écorce des arbres, mais tout leur corps est traversé de liserés verts qui s'illuminent lorsqu'ils se servent du Souffle. Ce sont des êtres pacifiques, qui captent les pensées des humains et sculptent les nuages, comme pour répondre à nos divagations existentielles... Non, si ce nuage ressemble à un nounours, et celui-là à une sorcière, ce n'est pas un hasard : c'est l’œuvre des Sylphes, assurément !

 

M : Que ressens-tu face aux nombreux retours positifs de tes lecteurs ?

Manon : Du plaisir, évidemment, je suis heureuse que ce roman trouve un écho ! Un peu de trouille aussi, celle de ne pas être à la hauteur la fois suivante – mais pour ça, je me soigne, une thérapie à base de baffes et de travail acharné... Et puis ça me donne envie d'aller plus loin, d'expérimenter d'autres choses, de revenir à la science-fiction, de tester des univers différents... En espérant que les lecteurs continuent à me suivre et expérimentent avec moi !

 

M : Tu as commencé à écrire très jeune, quel(s) conseil(s) donnerais-tu à ceux qui voudraient se lancer dans l'aventure ?

Manon : Il n'y a qu'un seul conseil à donner à quelqu'un qui veut écrire : écrit ! Sans attendre, parce que personne ne le fera à ta place.

Maintenant, il y a écrire pour soi, et écrire pour les autres. Si quelqu'un désirait publier ce qu'il écrit, je lui conseillerais de bien cibler les maisons d'éditions qui pourraient correspondre à son projet, puis d'aller rencontrer les éditeurs en salon, parce qu'ils s'y trouvent, et avec un peu de chance, ils seront suffisamment disponibles pour discuter. Cela permet d'éviter les intermédiaires...

 

M : Quels sont tes projets pour la suite ?

Manon : Déjà, terminer le troisième tome de June qui doit sortir au printemps 2013, cela va encore me prendre quelques mois. Et puis en parallèle, deux autres projets pointent leurs nez, un cycle de fantasy, et un one shot jeunesse qui est de l'anticipation à très très court terme, tellement court que ce que j'imagine est peut-être déjà en train de se produire quelque part dans le monde...

 

M : As-tu des dédicaces prévues prochainement ?

Manon : Oui, au salon du livre jeunesse de Montreuil en novembre !

 

M : Et le mot de la fin sera...

Lampadaire ! (Ben quoi ? C'est un joli mot, non ?)

;-)

 

Merci beaucoup pour cet échange Manon, ce fut un plaisir de lire tes réponses et j'avoue que, si mon porte-monnaie ne faisait pas des siennes, le deuxième tome de June serait déjà acheté et lu (^-^)

En tout cas, c'est un plaisir de t'avoir rencontrée, j'espère qu'on se reverra bientôt et que tu continueras longtemps à partager ton univers.


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Mikaya 22/10/2012 21:03


Après une interview pareil je n'ai qu'une envie, lire June !!!


Des sylphes? des bateaux volants? des sculpteur de nuages? ca y est, je plane déjà !!


Et si c'est dans un style aussi rafraichissant que les lignes que j'ai lu ici, je vais je pense adorer :)

Mina 23/10/2012 18:44



(^-^)